Intervenantes: Laurence Gautier et Farah Ramzy
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Laurence Gautier
« Des mini Pakistans ? Les universités musulmanes comme laboratoires d’une Inde composite »
Dans une Inde dominée par la droite nationaliste hindoue, les universités musulmanes sont souvent décriées comme des « mini-Pakistans », accusées de nourrir un « communautarisme » musulman. Or, au lendemain de l'indépendance, de nombreux étudiants et enseignants envisageaient leurs institutions comme des « laboratoires » où promouvoir une conception inclusive de la nation indienne dans un pays traumatisé par la partition avec le Pakistan. Cette présentation retracera l'histoire de ces universités, de leur fondation pendant la période coloniale jusqu'à l'époque post-indépendance, afin de souligner leur rôle central dans les débats sur la place des musulmans dans l'État-nation indien.
Laurence Gautier est chercheuse (Early Career Fellow) au Freiburg Institute of Advanced Studies (Université de Fribourg, Allemagne) et vacataire à la Faculté des sciences historiques de l’Université de Strasbourg. Elle a obtenu son doctorat en histoire à l’université de Cambridge puis a enseigné à l’O.P. Jindal Global University, en Inde, avant de rejoindre le Centre de Sciences Humaines à New Delhi. Ses travaux interrogent les dynamiques sociales et politiques parmi les musulmans d'Asie du Sud, les droits des minorités, le sécularisme et les mouvements étudiants en Inde coloniale et postcoloniale. Son premier livre, Between Nation and Community. Muslim universities and Indian politics after Partition a été publié aux Presses Universitaires de Cambridge en 2024.
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Farah Ramzy
Les étudiants et la nation : rôle historique et contraintes contemporaines
Cette présentation propose une analyse socio-historique de l’engagement politique étudiant en Égypte. Elle revient d’abord sur l’ancrage de la fondation de la première université égyptienne dans le mouvement de lutte pour l’indépendance nationale et dans le processus de construction de l’État-nation. Cette configuration historique confère durablement aux étudiants un rôle central dans la contestation politique, les érigeant en leaders de la lutte nationale, souvent au détriment de la formulation et de la défense de revendications spécifiquement liées à la condition étudiante. Malgré le tournant autoritaire du régime postcolonial puis les transformations induites par les réformes néolibérales à partir des années 1990 — qui redéfinissent en profondeur les conditions matérielles, institutionnelles et symboliques de l’enseignement supérieur — cet héritage continue de structurer les représentations et les pratiques des militants étudiants contemporains. Dans un contexte de répression politique accrue, ces derniers peinent à concilier leurs aspirations historiques et révolutionnaires avec les possibilités limitées d’action collective.
Maîtresse de conférences au département d’études arabes de la faculté des langues de Strasbourg et membre du Groupe d'études Orientales, Slaves et néo-hélléniques (GEO-UR1340) Farah Ramzy a obtenu son doctorat sociologie politique de l’Université Paris-Nanterre et de l’Université de Lausanne. Ses publications portent sur les mobilisations sociales, la sociologie de la jeunesse, l’enseignement supérieur et la socialisation politique dans le monde arabe contemporain. Elle a récemment publié Egyptian Students and Politics beyond Protest, aux Presses Universitaires d’Oxford en 2025. Elle a également été postdoctorante à l’Institut Universitaire Européen de Florence et enseignante à Sciences Po Paris (campus de Menton), à Sciences Po Bordeaux et à l’Université du Caire.
Affiche ci-dessous.
