Appel à communications: colloque international "Généalogies du fantastique", 3-5 décembre 2015

Du 1 mai 2015 au 6 octobre 2015
De 18h00 à 18h00
Université de Strasbourg

Colloque international

Généalogies du fantastique au Japon

 

Organisé par le Département d'Etudes Japonaises et le Groupe d'Etudes Orientales de l'Université de Strasbourg, le Centre Européen d'Etudes Japonaises d'Alsace, l'International Research Center for Japanese Studies, avec le soutien de la Fondation Toshiba.

 

Depuis le début du 21e siècle, la culture populaire est devenue un vecteur essentiel de soft power. Le Japon en particulier a prouvé que l’image d’une nation à l’international pouvait être remodelée en la connectant aux artefacts culturels qu’elle produit et exporte. Ainsi, tandis que les jeunes générations, tant en Occident qu’en Asie, consomment les produits de la culture populaire japonaise tels les manga, l’animation, le cinéma ou les jeux vidéo, ils absorbent et contribuent également à diffuser l’image d’un « nouveau » Japon, ou « cool Japan ».

Ces produits invitent parfois des lectures stéréotypées qui existaient déjà dans les perceptions orientalistes du Japon construites en Occident au cours du 19e et du début du 20e siècles (Edward Saïd), mais tendent à les mêler d’éléments modernes ou postmodernes pour proposer aux consommateurs une image actualisée, globalisée qui mélange des tropes tant traditionnels qu’hypermodernes, contribuant ainsi à l’émergence d’une nouvelle vision stéréotypée parfois qualifiée de « techno-orientaliste » (Ueno Toshiya).

Aujourd’hui, alors que les otaku ou la « culture d’Akihabara » bénéficient d’un intérêt renouvelé au Japon et à l’étranger, il devient de plus en plus malaisé de déterminer les sources sur lesquelles les artistes représentatifs de la pop-culture japonaise s’appuient pour créer leurs mondes imaginaires aujourd’hui consommés dans le monde entier.

Deux visions s’opposent sur ce point: l’une d’elle met l’emphase sur la tradition artistique (principalement visuelle) supposée avoir fourni le cadre sur lequel la culture populaire moderne s’appuierait. Ainsi les manga seraient-ils les avatars actuels des emakimono ou des chôjû jinbutsu giga de l’art médiéval japonais (Takahata Hisao). D’autres critiques considèrent les émanations de la pop-culture actuelle, telles le phénomène otaku, comme de purs produits de la postmodernité (Azuma Hiroki), tandis que d’autres encore insistent sur l’importance des influences occidentales et la poussée historique vers le réalisme dans la représentation, de la fin du 19e siècle à la seconde guerre mondiale (Ôtsuka Eiji).

Cependant, les consommateurs occidentaux de culture populaire japonaise ont tendance à appréhender ses artefacts culturels comme un agrégat de signes de valeur équivalente, engendrant ainsi une vision fantasmée de la culture, de l’identité et de l’histoire du Japon, considéré comme simultanément hyper-traditionnel et hypermoderne, incomparablement « pur » et hautement « hybride ».

Cette vision confuse est particulièrement prégnante dans l’appréciation d’œuvres appartenant au genre du « fantastique », dans ses diverses déclinaisons. S’agissant d’épouvante, de science-fiction ou autres, comme le fantastique se joue des notions de réalité et de réalisme, il est à même de générer une infinité d’interprétations et d’appropriations.

 

Dans ce colloque, des chercheurs japonais et européens de disciplines variées s’efforceront de retracer les avatars et les significations du « fantastique » japonais, de ses origines aux produits de la culture populaire contemporaine, dans des perspectives anthropologique, psychologique, historique ou esthétique.

Des contes du Konjaku monogatari aux pièces de Zeami ou aux récits d’Ueda Akinari, aux films de Mizoguchi Kenji, Nakata Hideo ou Kurosawa Kiyoshi…

Des manga d’avant-guerre de Yokoyama Ryûichi ou des yôkai de Mizuki Shigeru aux sagas intergalactiques de Matsumoto Reiji, des robots de Tezuka Osamu ou Tomino Yoshiyuki aux cyborgs d’Oshii Mamoru ou Anno Hideaki, des vampires de Hagio Moto aux pirates d’Oda Eiichirô, ou aux jeux vidéo de Sakaguchi Hironobu ou Mikami Shinji… Qu’ont vu et que voient les publics locaux et internationaux dans les mondes fictifs et/ou surnaturels engendrés par la culture (populaire) japonaise ? Qu’y recherchent-ils ? Qu’a-t-elle à nous dire du Japon passé et/ou présent ? Telles sont les principales questions auxquelles se consacrera ce colloque.

 

Responsables scientifiques :

 

Antonin BECHLER (Université de Strasbourg)

KOMATSU Kazuhiko 小松和彦 (International Research Center for Japanese Studies国際日本文化研究センター)

 

Lieu : Université de Strasbourg, France

Date : 3-5 décembre 2015

 

Langue de communication : Japonais, français*

*Le choix de la langue de communication est libre, mais il est demandé à chaque intervenant de fournir, au plus tard 15 jours avant le colloque, une traduction de son intervention : en français de préférence (ou anglais) dans le cas d’une intervention en japonais, en japonais de préférence (ou anglais) dans le cas d’une intervention en français.

                                                        

Document de candidature : titre et résumé (2000-3000 signes) en français + japonais ou anglais.

Date limite de candidature : 31 mai 2015

 

Contact, candidatures : Antonin BECHLER ( abechler@unistra.fr )

 

 

 

 

International symposium

“Genealogies of Fantasy in Japanese culture”

 

From the start of the 21st century, popular culture has become an increasingly essential instrument of soft power. Japan in particular has proven this: an international image could be reshaped by connecting a nation’s image to the cultural artefacts it produces and exports throughout the world. Thus, while young generations in the West as well as in Asia are consuming Japanese cultural products such as manga, animation, cinema or computer games, they also contribute to extol the image of a “new”, “cool” Japan.

 

These products often dwell on stereotypical images that already existed in the “orientalist” (E. Saïd) view of Japan built in the West during the 19th and early 20th centuries, but tend to mix them with modern or postmodern elements to present the consumers with an actualized, globalized image that often merges traditional and hypermodern tropes, resulting in a new stereotypical vision sometimes called “techno-orientalism” (Ueno T.).

                                            

Today, while “otaku” or “Akihabara culture” enjoy a renewed interest in Japan and overseas, it has become increasingly difficult to assess upon which sources the representative Japanese artists draw in order to create the emblematic imaginary worlds that are now consumed everywhere.

 

Two conflicting visions of Japanese pop-culture emerge: the first one puts the emphasis on the artistic (mainly visual) tradition supposed to have provided the canvas on which modern popular culture then elaborates. Such is, for instance, the idea that emakimono or chôjû jinbutsu giga should be seen as the ancestors of manga (Takahata H.). Alternatively, several thinkers see Japanese pop-culture emanations such as the otaku phenomenon as pure products of the postmodern era (Azuma H.), while other researchers tend to emphasize the importance of the western influences and the historical drive towards realism in representation throughout the late 19th century and pre-war period (Ôtsuka E.).

 

Meanwhile, Western consumers of Japanese popular culture tend to apprehend the cultural artefacts it presents them with as an aggregate of signs of equal value, thus resulting in an overly fantasized vision of Japanese culture, identity, and history, at the same time hyper-traditional and hypermodern, seemingly pure and highly hybridized.

 

This confusing view is particularly preeminent in the appreciation of works belonging to the “fantasy” genre, in its various incarnations. Be it “high fantasy”, “horror” or “science-fiction”, because fantasy tends to blur the notion of realism, the genre is able to generate an infinity of interpretations or appropriations.

 

In this symposium, researchers in various fields from Japan and Europe will try to reassess the roots and signification of Japanese “fantasy”, starting with its origins, up to the products of contemporary Japanese popular culture, as seen in an anthropological, psychological, historical or aesthetic perspective.

From the tales of the Konjaku monogatari to the plays of Zeami or the stories of Ueda Akinari, to the movies of Mizoguchi Kenji, Nakata Hideo or Kurosawa Kiyoshi. From the pre-war manga of Yokoyama Ryûichi or Mizuki Shigeru’s yôkai to Matsumoto Reiji’s spaceships, from Tezuka Osamu’s to Tomino Yoshiyuki’s robots, Oshii Mamoru or Anno Hideaki’s cyborgs, without neglecting Noda Eiichirô’s pirates... What did, and what do the Japanese and international audiences see and seek when they look at the supernatural and/or fictional worlds engineered by Japanese (popular) culture? How did this culture come to be, and what does it tell us of Japan’s past and present? These are the main questions that this symposium will address.

 

 

国際シンポジウム

日本文化における「ファンタジー」をめぐって

 

 

21世紀初頭以降、大衆文化はソフトパワーの不可欠な手段となった。とりわけ日本という国においては、国家の国際的なイメージがその国が生み出し輸出する文化の産物によって作り替えられていくことが証明されたと言える。西洋またアジアにおいても、大衆文化(漫画・アニメ・映画・ビデオゲーム)を消費・吸収している若年層が、「新しい日本」「クールジャパン」というイメージの普及に大きな役割を担っている。

 

 この大衆文化という産物は、すでに19世紀末から20世紀初頭にかけてオリエンタリストな(エドワード・サイード)、西洋によって作られた日本像、というステレオタイプなイメージとして捉えられがちだが、それは近代もしくはポストモダン的な要素と相俟っていくことによりさらに消費者に現在性のあるグローバル化されたイメージを提供する。そのイメージは、伝統的そしてハイパーモダン的に転義され溶け込んでいき、時に「テクノ・オリエンタリスト」(上野俊哉)とも称される新しいステレオタイプな想像力の現出させる。

 

 日本でも海外でも、「オタク」や「アキバ系カルチャー」が再び注目を浴びている今日、日本のポップカルチャーの代表的な芸術家たちが、何に基づいて世界中で消費の対象となるイマジネーションの表象の世界を創造するのかを判断することはますます困難になってきている。

 

 その点に関しては対立する二つの説がある。まずは、芸術的伝統を誇張しそれこそが現代大衆文化の基盤となる枠組みを与えた、という見方である(主にビジュアルアートに見られる)。

そこでは漫画は日本中世芸術である鳥獣戯画及び絵巻物の転身であると考えられる(高畑勲)。他方、現代のポップカルチャーの発露において、たとえばオタクは、純然たるポストモダンの産物であると捉える批評家がおり(東浩紀)、また西洋の存在や19世紀末から第二次世界大戦にかけてのあらゆる分野で歴史的台頭を見せたリアリズムの影響を重視する見方もある(大塚英志)。

 

 しかしながら、西洋における日本の大衆文化の消費者は、その産物を均一の価値の記号の塊として見なす傾向にある。そういう受容形式こそが、日本の歴史・アイデンティティ・文化に対する幻想的なイメージを生み出しているのであり、そのイメージはハイパートラディションであると同時にハイパーモダンであり、比類ない「純粋な」かつ「ハイブリッド」なものとみなされている。

 

 この雑然とした見方は、「ファンタジー」のジャンルに属する派生作品の評価の仕方に特に顕著である。ハイ・ファンタジー・ホラー映画・SF・またその他の作品は、現実そのものとリアリズムを弄んでいるがゆえに、無限の解釈及び私物化を生んでいくのである。

 

 このシンポジウムでは、日本とヨーロッパのあらゆる専門分野の研究者が、日本における「ファンタジー」の本質と意義を追究する。文化人類学、精神分析学、歴史学及び美学の多岐にわたる観点より、その起源から現代大衆文化の多様な産物に至るまでを対象としている。

 

 今昔物語集から世阿弥の作品、上田秋成の物語、また溝口健二・中田秀夫・黒澤清の映画まで、さらに戦前の横山隆一の漫画・水木しげるの妖怪漫画・松本零士の銀河サーガ・手塚治虫や富野由悠季のロボット・押井守や庵野秀明のサイボーグ・尾田栄一郎の海賊にまでも忘れずに触れていくことも考えられる。

 

日本や海外の享受者たちは、日本の大衆文化によって生み出された、超自然あるいはフィクションの世界で、これまで何を見出し、そして何を見続けており、また何を求めているのか。この変幻自在たる文化はどのようにわれわれの前に現れ、過去もしくは現代の日本について何を語っているのか。これらが本シンポジウムの中心をなす問題である。

 

学術責任者 :

 

Antonin BECHLER アントナン・ベシュレル (ストラスブール大学)

KOMATSU Kazuhiko小松和彦 (国際日本文化研究センター)

 

場所 : ストラスブール大学 Université de Strasbourg, France

日時 : 2015年12月3日-5日 3-5 décembre 2015

 

発表言語 :日本語およびフランス語

注・発表言語は自由。なお、日本語の発表の場合、学会開催15日前までに原稿のフランス語訳または英語訳の提供お願いいたします。

 

発表時間 : 30分程度

 

申込、締切

2015年5月31日 : タイトル とレジュメ(日本語+フランス語か英語)

 

連絡 : Antonin BECHLER ( abechler@unistra.fr )

 

Publiée le : 22 mai 2015

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